Enseignement

Le racisme d'Etat à l'oeuvre dans les universités israéliennes

Aviad Kleinberg Ha'Aretz - Courrier International N° 686-687 - 24 décembre 2003 - p. 26

Comment faire pour aider les jeunes Israéliens défavorisés à réussir, sans promouvoir par la même occasion « l'autre population » (autrement dit les Arabes israéliens) ? Un casse-tête peu glorieux évoqué par Ha'Aretz en 2003, sous le titre "Dur, dur,la discrimination positive à l'université !"

Le racisme et les expressions, catégories et modes de pensée racistes ont tendance à se banaliser. De plus en plus, des débats pétris des meilleures intentions sont courus d'avance par le simple choix d'un vocabulaire préconçu.

Un exemple en est l'actuelle controverse autour des conditions d'admission dans les universités israéliennes. Pendant longtemps, les étudiants étaient sélectionnés sur la base d'un examen d'entrée et d'un examen d'aptitude psychologique. Jusqu'à ce que, l'année passée, contrainte de reconnaître que les examens d'aptitude avaient tendance à exclure les candidats issus des milieux défavorisés, les universités ont modifié leur politique de sélection et proposé une nouvelle formule basée sur la moyenne des résultats obtenus en mathématiques, en anglais et en hébreu.

Mais ce nouveau système n'aura été d'application que pendant une année académique. Récemment le collège des recteurs israéliens vient de décider de revenir à l'ancien système de sélection. La raison invoquée pour justifier ce soudain revirement est que le nouveau système n'a pas accru de manière significative le nombre d'étudiants issus des villes en développement [banlieues majoritairement habitées par des Juifs orientaux].

« La nouvelle politique de sélection n'a en rien facilité l'accès à l'enseignement supérieur des individus issus de la périphérie [juifs orientaux]. Au contraire. Avec le nouveau système, qui n'a été appliqué que l'année dernière, seuls 46 % des étudiants issus des secteurs de populations faibles [autre manière péjoratif pour dire juifs orientaux] ont été admis, contre 71 % de ceux issus de l'autre population. Étant donné que le nombre de places disponibles dans les universités ne s'est pas accru, l'admission d'une population ne peut se faire qu'aux dépens de l'autre. »

On appréciera l'euphémisme « l'autre population » auquel ont recours les autorités académiques pour évoquer les Arabes israéliens. Premièrement elle s'abstiennent de les appeler par leur nom. Deuxièmement on insinue que les places des populations défavorisées [les Juifs orientaux] ne sont pas prises par les gosses de riches des quartiers nord de Tel-Aviv, mais bien par des membres de « l'autre population ».

Le racisme se révèle donc presque par inadvertance, par le biais d'un vocabulaire utilisé en toute innocence. « Périphérie », « population faible » et « villes en développement » sont ici des notions qui ne s'appliquent qu'aux seuls Juifs et pas aux Arabes.

Or si les critères retenus comme pertinent étaient d'ordre géographique ou socio-économique plutôt que national [ethnique], il serait impossible d'ignorer l'évidence d'une réalité qui fait que les localités arabes d'Israël sont reléguées dans une « périphérie » plus misérable encore que celle dans laquelle surnagent les villes en développement.

Les Arabes israéliens ne concurrencent pas les Juifs orientaux. Ce sont plutôt les étudiants issus des secteurs juifs aisés qui bénéficient d'un système qui pénalise les défavorisés, tant juifs qu'arabes. À lire les titres de la presse, on a l'impression que les universités sont submergées d'étudiants arabes. Pourtant la proportion d'Arabes dans le corps étudiant n'est toujours que de 9 % tandis que le corps académique ne compte que 1 % d'Arabes. Ces deux chiffres sont donc très largement en deçà de la population d'Arabes [20 %] citoyens d'Israël.

À en croire les autorités académiques, les étudiants ne seraient pas également répartis dans les différentes facultés et les Arabes jetteraient leur dévolu sur les facultés de médecine. « N'avons-nous pas le droit d'empêcher toute surreprésentation dans les facultés de médecine ? » Peut-être. Mais, à ce compte, peut-être devrions-nous également nous inspirer du traitement réservé aux minorités dans d'autres pays, les minorités ont toujours tendance à s'y inscrire en proportion plus forte que leur part réelle dans la population. Ce phénomène a jadis préoccupé certains régimes politiques [de la Pologne de l'entre deux guerres mondiales, par exemple] qui craignaient qu’ « admettre une population ne puisse se faire qu'au détriment de l'autre ». Poussons alors cette logique jusqu'au bout et imposons un plafond au nombre d'étudiants issus des minorités et autorisés à s'inscrire dans les facultés de médecine. Il faudra appeler cela par son nom : le numerus clausus.

(LDL)

Les titres et intertitres sont de la rédaction du site